La rééducation cardiaque

Vous venez de faire un infarctus ou un accident cardiaque. Vous vous réveillez dans votre lit d’hôpital, encore sous le choc, et voilà qu’un cardiologue débarque dans votre chambre pour vous annoncer que dans un mois vous partirez faire une rééducation cardiaque pour une vingtaine de jours, le tout en hospitalisation complète.

Suite à cela, chaque personne ne réagira pas de la même manière.

Pour moi, ça a été une belle claque…

Comme je vous l’ai expliqué dans ma présentation, j’ai fait un infarctus plutôt sévère. Le mois qui a suivi m’a plongé dans un état de fatigue extrême, aussi bien physique que morale. Mon cœur avait bien souffert, me laissant avec une bonne partie nécrosée et une fraction d’éjection d’à peine 44 %. Autant vous dire que je n’allais pas courir un marathon…

Après l’annonce du cardiologue, ma première réaction a été de sauter sur mon Smartphone et de taper dans Google « rééducation cardiaque ».

Premier constat : dans mon département, il n’y a qu’un seul centre qui ne fonctionne qu’en hospitalisation complète. Rentrer chez soi ? Oui. Le dimanche. De 9h à 17h. Moi qui ne suis bien qu’auprès de mes proches, chez moi, dans mon cocon douillet, cette idée m’a fait plonger dans un état de dépression avancée. Je ne m’imaginais pas devoir quitter mes enfants et ma femme avec laquelle j’ai une relation fusionnelle pendant 20 jours ! 20 jours sans nous voir, c’est pas loin de la fin du monde pour nous. Surtout après une telle épreuve. Ça me paraissait insurmontable. J’avais besoin d’eux plus que jamais.

Sachant à l’avance que cette option me ferait plus de mal que de bien et serait donc complètement contre-productive, j’ai parlé de mes craintes au cardiologue lui demandant naïvement si on pouvait faire cette rééducation à la maison. Bah oui ! Si c’est juste se remettre à marcher dans la nature 30 minutes par jour, merci mais je peux me débrouiller tout seul ! Je peux même le faire pieds nus !

Il m’a observé avec ce petit air condescendant qu’on réserve aux gens qui n’en font qu’à leur tête et me répond que malheureusement, non. Cela se fait en centre spécialisé. Point final. Vous n’avez pas trop le choix Monsieur, ou vous allez crever dans 1 mois. Il y a mis les formes, mais c’est ce que ça voulait dire. D’un état de dépression avancé, je suis passé à un état de dépression terminale. J’étais tellement désemparé que je me suis transformé en légume.

Vous vous dites que je suis extrême ? Peut-être un peu. Tout le monde ne réagit pas la même manière. J’imagine que certains n’ont peut-être pas la déprime que j’ai eue de suite après l’infarctus, qu’elle est arrivée plus tard pour certains, que d’autres personnes sont sûrement beaucoup plus sociables que moi et se réjouiraient d’avoir l’occasion de faire de nouvelles rencontres, ou seraient contents de pouvoir prendre un peu de recul par rapport à leurs vies, quitter leur maison pour vivre autre chose… Je ne sais pas, chacun a ses motivations.

Pour ma part, en plus de la peur de quitter ma famille, je m’imaginais enfermé dans un centre avec des vieux, des alcooliques, des fumeurs compulsifs, un genre d’asile psychiatrique comme on voit à la télé avec des gens bizarres qui font flipper. Quand on marche vers l’inconnu, le cerveau nous joue des films qui nous donnent envie de s’enfermer chez soi et de se faire oublier du monde. Ces films que je me faisais me déprimaient encore plus. Attention je n’ai rien contre les personnes âgées bien sûr. Ni contre les fumeurs compulsifs. Ni contre les asiles psychiatriques. Ni contre personne d’ailleurs. ?

Avant ma sortie d’hôpital, j’ai reparlé au cardiologue. Je lui ai expliqué qu’au vu de tout ça je ne ferai pas la rééducation cardiaque. Plutôt me tuer que me séparer de ma femme et mes enfants à nouveau. 1 semaine d’hospitalisation, c’était déjà bien assez long. Alors 20 jours, non merci. Même pas en rêve.

Gardant son calme, le cardiologue m’a expliqué qu’il comprenait ma décision, qu’il comprenait mes craintes, mais que vu mon état de santé actuel, ne pas la faire serait dramatique pour moi. Ça vaut bien un petit séjour de 20 jours si c’est pour retrouver la forme, non ? Non.

Devant mon entêtement, il réfléchit et m’annonce qu’il a peut-être une solution pour moi. En effet, il connaît un centre dans un département voisin qui fait de la rééducation cardiaque en hôpital de jour. Ceci me permettrait de rentrer chez moi tous les soirs. Seule contrepartie, il faudra accepter de faire la route tous les jours : le centre se trouve à une cinquantaine de kilomètres de mon domicile.

Et ben voilà ! Là je suis ouvert au dialogue ! Une petite lueur éclaire soudain le sombre brouillard dans lequel je tournais depuis plusieurs jours.

Il est parti se renseigner puis est revenu me voir, me disant qu’effectivement, cela correspondrait mieux à mes besoins. Il les a même appelés et m’a réservé une place !

A ce moment-là je suis extrêmement content même si j’ai toujours la crainte de me retrouver toute la journée avec des gens qui ne me correspondent pas, avec une moyenne d’âge de 76 ans, de ne pas m’y sentir à ma place, mais au moins, je sais que tous les soirs je pourrai retrouver les êtres qui me sont chers.

Je profite de mes trois semaines de convalescence à la maison pour regarder sur Internet en quoi consiste la rééducation cardiaque. Je vois que je vais réapprendre à manger, à vivre sainement et surtout, que je vais faire pas mal de sport. Sport que j’ai arrêté de pratiquer il y a plus de 20 ans. Au point que monter 3 marches me rend tout essoufflé. Gloups…

Le jour J arrive. On me dépose devant la Clinique de Saint-Orens.

Je lui fais face. Malgré les messages d’encouragement de ma femme, je me sens horriblement seul et donnerais tout pour rentrer à la maison, tout de suite.

Premier contact avec le personnel. Nous sommes un petit groupe. Un homme en blouse blanche nous explique le fonctionnement de la clinique : je devrai arriver tous les jours vers 11h45, je mangerai ici de bons petits plats préparés rien que pour nos petits cœurs malades. Le programme de l’après-midi alternera entre marche, musculation, gymnastique douce, aquagym, méditation, relaxation, et séances de cardio sur tapis de marche ou sur vélo d’intérieur. On a le droit de manger des frites une fois par semaine, au moins ? Ou je sais pas… Une ptite entrecôte ? Non ? Je peux me contenter d’un steak haché aussi ! Les bonnes vieilles habitudes ne se font pas oublier si facilement…

A voir comme ça, le programme ne me semble pas très glamour. Pourtant c’est grâce à lui que ma vie va commencer à changer. En plus de toute ses activités nous avons la possibilité de rencontrer individuellement un diététicien, un addictologue et un psychologue pour mieux individualiser notre cas.

La première journée, c’est une journée de présentation du centre, des activités et des intervenants. Le deuxième jour les choses sérieuses vont sérieusement commencer : l’épreuve d’effort d’entrée.

Pour savoir où vous vous situez au niveau physique, le centre va vous faire faire votre première épreuve d’effort dite « d’entrée ». C’est grâce à elle qu’ils vont pouvoir déterminer l’intensité à laquelle vous allez commencer votre rééducation cardiaque.

Juste un petit conseil au passage… N’essayez pas d’impressionner la jolie petite coach sur cette épreuve ! Sinon, elle vous fera démarrer très fort aux premières séances, et ça va vous faire mal. Très mal.

Une fois cette épreuve effectuée, le coach sportif va vous faire un programme sur mesure, juste pour vous.

Première séance :  du cardio et un test de poids pour la musculation. Premier cardio depuis longtemps pour moi ! La coach m’a fait une session de 40 minutes comprenant cinq minutes d’échauffement et cinq minutes de récupération, à environ 50 % de la puissance maximale faite lors de l’épreuve d’efforts. J’ai eu chaud. J’ai beaucoup transpiré, mais j’étais assez fier d’avoir réussi à tenir les 40 minutes. Aussi étonnant que cela puisse paraître j’ai pratiquement de suite ressenti un bienfait au niveau mental. Je ne pensais pas arriver au bout des 40 minutes. Mais voir que j’en étais capable a été un vrai boost pour moi. S’en est suivi une séance de relaxation et je rentrais chez moi super fier et plutôt motivé pour la suite.

Je ne vais pas vous faire le détail de ces 20 jours car je reviendrai sur beaucoup de points de ce programme dans d’autres articles. J’y ai rencontré des intervenants exceptionnels des coachs sportifs, des kinés, des psychologues, cardiologues tous vraiment à l’écoute du patient.

J’ai compris l’intérêt d’avoir un effort physique modéré mais régulier dans ma vie future, l’intérêt de manger beaucoup plus sainement, de prendre soin de moi. La machine était lancée.

J’ai rencontré également quelques compagnons d’infortune avec qui je suis toujours en contact qui m’ont aidé et qui m’aident encore aujourd’hui en partageant par exemple nos statistiques sportives sur Runtastic. Quand on voit que l’un espace un peu trop ses séances, un petit texto « bah alors loulou tu te relâches ou quoi ??? Allez ! Sors t’aérer là oh ! Pas de laissé aller hein ! » et hop ! Ça repart. On se félicite, on s’encourage… Éric, si tu me lis… Un ptit bisou for you paupiette !

Surpris aussi de voir à quel point il y a un panel de gens d’âge et d’horizon différents, des jeunes de 20 ans, des moins jeune de 40 ans, des personnes âgées, des riches, des pauvres, des gens de droite, de gauche, beaucoup de femmes jeunes et moins jeunes. A ce moment, on comprend que ça peut toucher tout le monde, que notre statut social face à la maladie ne veut plus rien dire, qu’on n’est pas seul, et surtout qu’on est tous heureux d’être encore en vie ! Donc non, il n’y a pas que des gens bizarres. Comme quoi… Le cerveau nous joue des tours quand il est dans l’inconnu.

La rééducation cardiaque m’a appris à contrôler mon cœur avec un cardio fréquencemètre et à ne pas aller jusqu’à l’essoufflement pour ne retenir que le plaisir de l’effort. J’ai appris à refaire confiance à mon cœur, à ne pas avoir peur qu’il me lâche encore.

Ne perdez jamais de vue qu’après un infarctus le but n’est pas d’être champion du monde de la discipline que vous allez choisir, mais que vous y trouviez chaque fois du plaisir et que cela vous apporte la motivation de recommencer semaine après semaine.

Je remercie vivement mon cardiologue de l’hôpital de Montauban qui m’a aiguillé vers un centre en milieu ouvert car je pense que je n’aurais jamais fait la rééducation cardiaque en hospitalisation complète.

Quand quelqu’un me demande de résumer cette étape de ma vie je lui réponds que quand je suis entré à la clinique, je ne mesurais plus qu’un mètre tellement j’étais mal dans ma tête et dans mon corps, mais j’en suis ressorti debout à 1,80 m.

Alors bien sûr à la fin des 20 jours, 21 pour être exact, même si vous êtes reboosté à bloc ce n’est que le début du chemin vers la longue route du changement de votre vie et beaucoup, beaucoup d’étapes restent encore à franchir. Mais une chose est sûre : sans cette rééducation cardiaque, la suite n’aurait jamais été possible.

À bientôt dans un nouvel article !

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